Une approche de l’accompagnement en passant par Emmaüs !

Rédigé le 06/03/2025


« Accompagner quelqu'un, c'est se placer ni devant, ni derrière, ni à la place. C'est être à côté. »

Éduquer, ou accompagner ?

Notre association se revendique comme un mouvement d’éducation. Mais parviendrions-nous à former les hommes de demain sans ajouter une dose croissante  d’accompagnement avec l’âge ? Car si l’éducation vise à transmettre des savoirs et compétences dans une structure formelle avec un rôle d’autorité du chef, l’accompagnement va permettre de faire éclore ce qui a été semé.
Il doit permettre au routier de découvrir le sens de sa vie et de se mettre en marche pour parcourir la route de sa vie, en identifiant ses forces, ses faiblesses, ce à quoi il est appelé.
Le  rôle essentiel de l’accompagnateur est de lui permettre de progresser, car seul on n’a pas toujours le recul nécessaire. Idéalement, pour plus de stabilité, les deux se mettront sous le regard de Jésus en respectant le rôle spécifique de l’accompagnateur spirituel, qui n’est pas abordé ici.
Daignez vous joindre à nous sur le chemin de la Vie - Comme vous le fîtes jadis pour les Routiers d’Emmaüs.
Donnez-nous part à votre Esprit, afin que nous découvrions la voie de votre plus grand service*

Jésus accompagne les pèlerins d'Emmaüs

Dans Lc 24, nous trouvons un exemple d'accompagnement donné par Jésus à deux de ses disciples. Détaillons quelques aspects de son accompagnement.
Jésus marche avec eux : la relation est simple, naturelle, elle n'est pas en face à face et permet toute liberté aux disciples, plus à l'aise que dans une relation en face à face qui peut mener à l'affrontement ou à la soumission.
Alors qu'il a toute autorité, Jésus ne s'impose pas, il veut qu'ils le découvrent par eux même, qu'ils parcourent leur chemin avec leurs capacités et qu’ils ne soient pas soumis par son enseignement.
Il ouvre le dialogue et les laisse formuler leurs pensées
Jésus sait très bien quels sont leurs soucis, leurs pensées, d'autant qu'il en est l'objet. Toutefois il les laisse les exprimer avec leurs mots, dire leur émotion.
Il est exigeant : les disciples sont traités d'esprits sans intelligence. Par contraste, c'est un appel à leur intelligence, à leur connaissance dans ce moment d'abattement et de trouble. Il faut qu'il se reprennent, se mobilisent dans l'espérance et la foi. Ils ont vu, mais n'ont pas compris, alors qu'ils ont tous les éléments.
Il les éduque : plutôt que de leur expliquer qu'il est Jésus, qu'Il est bien ressuscité et que c'est comme ça, il prend le temps de parcourir avec eux les écrits prophétiques, de leur expliquer pour leur permettre de comprendre par eux même ce qui se passe et de décider de croire. Il respecte leur cheminement, ne leur impose pas son point d e vue.
Il ne s'impose pas : à la fin de l'échange sur la route, il les laisse libres de l'inviter en faisant semblant de poursuivre sa route. Les disciples prennent l'initiative et demandent à être avec lui pour poursuivre l'échange. C'est eux qui décident en toute liberté, dans la soif d'aller plus loin.
Il se révèle : après discernement, le Christ se présente à eux comme lui-même. L'échange a permis aux disciples de progresser et de reconnaître le Christ qui est le Chemin par excellence, le Christ qui se révèle à eux en présence de l'eucharistie. C'est l'aboutissement de l'accompagnement, comme le reprend le cérémonial du départ routier:
"Es-tu décidé à travailler et à combattre sans jamais oublier que le règne du Christ est le but de ta route ?"

 L'accompagnement de Jésus porte du fruit et de l'action.

Les disciples ont reconnu la Vérité, ils sont transformés : ils retournent à Jérusalem pour accomplir leur mission et rejoindre les apôtres dans l'évangélisation.
"Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous" 

Comment être un bon accompagnateur ? 

  • Savoir laisser l'autre parler sans l'interrompre, laisser des temps de silence pour lui permettre de réfléchir pleinement à ce qu'il souhaite partager dans la relation.
  • Garder des temps de réflexion avant de prendre la parole : ne pas répondre sous le coup de l'émotion, mais toujours bien réfléchir à ce qui permettra de faire progresser l'échange et la relation.
  • Procéder par questions plus que par affirmation : c'est à l'accompagné de trouver les réponses, pas à toi de lui proposer un menu tout fait.
  • Éviter le mode affirmatif qui réduira sa liberté et risque d’enfermer. Tout au plus tu reformules ce qu'il vient de te dire, ce qui t'assures que tu as bien compris et lui renvoie en écho sa réflexion qu'il peut recevoir sous un autre éclairage
  • Ne pas plaquer sur la personne un schéma préétabli qui sera le tien et risque de constituer une emprise. Le jeune est à la découverte de sa route, ce n'est pas à toi de lui indiquer la direction, mais à lui de la trouver. Tu peux lui indiquer le Nord, l'étoile polaire, pas le chemin à suivre.
  • Mettre le Seigneur dans la boucle : avant, pendant, après : pour préparer l'échange, pour que le Seigneur puisse passer par toi, pour que son action le fortifie et fructifie
  • Si nécessaire compléter son éducation de manière neutre (comme Jésus explique les écritures) pour lui permettre de progresser dans sa réflexion
  • Devenir comme la pierre de touche : être le révélateur de la valeur intrinsèque du métal qu’elle teste sans le transformer.
Sans oublier les garde-fous que sont le respect de la confidentialité, la prudence et la patience !

La terre que tu foules est sacrée

Tu reçois la personne que tu accompagnes qui t'es donnée par le Christ. C'est un engagement sérieux, une mission que tu ne peux accepter que si tu es prêt ; si tu as fait, si tu fais l'expérience d'un accompagnement.
N'oublie pas que plus encore que dans la relation fraternelle que nous demande le scoutisme, ici tu dois reconnaître le fils de Dieu qui t'est confié, voir dans l'accompagné le visage du Christ et agir dans le respect qui est demandé à Moïse :
"Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! »"
Tu peux être appelé à la relation d'accompagnement, une mission délicate et exaltante. Comment t'y prépares-tu ?  Sauras-tu répondre présent à la demande pour faire grandir ton frère, avec humilité et dans la joie de progresser toi-même, en même temps que lui, vers le Seigneur ?

L’accompagnateur accompagné

Les professions qui exercent l'accompagnement (psychologues, psychiatre, éducateurs, … mais aussi prêtres) reçoivent des formations longues pour garantir l'efficacité de l'accompagnement, mais aussi en prévenir les risques. Tu n'es pas forcément dans ce profil, mais cette relation exigeante va t’appeler à te former et à demander conseil. Plus encore que sur tes autres engagements, applique et décline cette phrase du cérémonial :
Sais-tu enfin qu’un routier scout n’est jamais satisfait de lui-même et ne se considère jamais comme arrivé ? Veux-tu faire aujourd’hui mieux qu’hier et demain mieux qu’aujourd’hui ?