Les Évangiles des vendredis de Carême ont été médités l’an dernier ; cette année nous allons nous attacher davantage aux 1ères lectures et peut-être aux psaumes selon les cas.
Précisément en ce vendredi, commençons avec le psaume 50.
Il s’agit d’un psaume souvent médité en temps de carême, car c’est le psaume de pénitence par excellence. David l’a composé après son péché commis avec Bethsabée et son repentir (cf. 2 Sm 11,1-12, 25). Résumons succinctement : David commit l’adultère avec Bethsabée, la femme d’un de ses soldats, Ourias. Bethsabée devint enceinte, et David tenta de faire passer Ourias pour le père, mais il n’y arriva pas. Alors il donna des ordres au chef de l’armée afin qu’Ourias succombe au combat. Ce qui advint. Dieu envoya alors le prophète Natan dénoncer le double péché à David. Natan s’acquitta de sa mission délicatement, en racontant une parabole, de façon à ce que David ouvrit les yeux par lui-même et comprenne de qui voulait parler Natan. Devant l’obscurcissement de la conscience de David, Natan dut parler clairement et dénoncer le péché au roi en face. David pris conscience de son péché et de sa gravité à ce moment-là seulement. Il se repentit, et obtint le pardon. Ensuite, il composa cette très belle prière de repentir qu’est le psaume 50.
Pourquoi rappeler tout ceci ? Tout simplement parce qu’une des conséquences du péché est de rendre aveugle sur notre propre péché. Ceci nous sera donné à méditer avec l’Évangile de l’aveugle-né (Jn 9, 1-41) le 4ème dimanche de Carême.
Allons plus loin : nous savons déjà peut-être que notre péché nous aveugle, nous péchons tout de même et nous ne voyons pas toujours notre péché ; notre conscience est comme engourdie. Pire parfois, il faut avouer que nous nous en justifions, c’est-à-dire que nous masquons la réalité de notre péché derrière des circonstances, des atténuations, à l’occasion même en en rejetant la faute sur d’autres.
Dans ces conditions, comment la lumière de Dieu, de l’Esprit Saint, peut-elle encore nous éclairer ?
Croire que la lumière reviendrait d’elle-même et qu’elle serait accueillie serait une illusion. Dieu n’a guère d’autre choix que de dénoncer les péchés des hommes en mettant « sous les yeux » des auteurs leurs actes mauvais.
C’est précisément l’objet de ce passage : dénoncer afin d’aboutir à une prise de conscience, afin que nous puissions dire en vérité avec David : « J’ai péché contre le Seigneur ! » (2 Sm 12, 13).
Ce message nous sera délivré souvent en ce début de Carême. Pendant presque 2 semaines, l’Église va nous marteler ce message afin de provoquer en nous une prise de conscience.
La Parole de Dieu ne désire nullement nous accabler, ou nous décourager. La finalité est d’arriver à faire fondre la glace de notre cœur. En ce début de Carême, la pédagogie de notre mère l’Église pourrait se comparer à un burinage de notre cœur de pierre, afin de nous donner un cœur de chair.
Il faut compter avec le temps pour cela, d’autant plus qu’il existe des degrés dans la prise de conscience de nos péchés et des dégâts qu’ils peuvent produire.
Bien entendu, nous devons examiner sérieusement si nous sommes fidèles aux 10 commandements, et pour nous à la loi scoute. Cependant, il ne s’agit pas d’un simple permis/défendu : c’est notre cœur qui doit changer.
C’est d’ailleurs l’objet de la prière du psaume 50.
Si nos dispositions intérieures peuvent se réorienter vers Dieu et vers nos frères et sœurs assez rapidement, changer nos cœurs est beaucoup plus long. Notre cœur, c’est nous-mêmes. Pour le changer, il faut au moins un Carême ! Plus tôt nous nous y mettons, plus nous aurons de chance d’opérer le retournement de notre cœur en un cœur qui plaise à Dieu.
La fin de la lecture nous encourage : Ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche.(Is 58, 8).
Si nous changeons nos actes en des actes de justice et d’amour envers nos prochains, alors nos forces reviendront vite. Alors nos actes changeront nos cœurs, progressivement.
En réalité, seul l’accueil confiant de la parole de Dieu dénonçant nos péchés peut nous faire prendre conscience que notre cœur est de pierre.
L’épaisseur de notre carapace est telle qu’il faut y revenir plusieurs fois afin que la pierre soit transpercée.
Seul, l’accueil confiant de la parole de Dieu peut nous faire prendre conscience de ce qu’est le cœur de chair que Dieu attend de nous. Ce cœur de chair, c’est celui de Jésus.
Vulnerasti cor meum verbo tuo : Tu as transpercé mon cœur par ta parole, écrit st Augustin dans les confessions. (livre 6). Il faisait référence à sa propre conversion.
Seule la parole de Dieu possède la puissance pour y arriver. Cette parole de Dieu est Notre Seigneur en personne. Son cœur ouvert sur la croix est le principe de notre propre transformation.
Tout le monde comprend la difficulté d’une telle démarche, demandant de reprendre souvent « l’ouvrage ». Elle est cependant une condition nécessaire si nous voulons répondre à la parole de Dieu, si nous voulons nous mettre à son service et apprendre l’Amour. N’est-ce pas là une perspective enthousiasmante ?
En avant pour un Carême d’Amour, en union profonde avec nos sœurs et frères de toute l’Église engagés dans la même démarche.
Résolution :
Terminons par une simple action de grâce : merci Jésus de nous donner encore ce Carême pour que nous puissions t’imiter ! Envoie sur nous ton Esprit d’Amour qui nous portera sur ses ailes et nous fera parvenir jusqu’à toi !
