Méditation : L’histoire de Joseph, figure de la Rédemption (Gn 37, 3-4.12-13a.17b-28)

Rédigé le 06/03/2026


La lecture de ce vendredi se met quasi d’elle-même en lien avec l’Évangile.
Dans l’histoire de l’avant-dernier des fils de Jacob, Joseph, nous découvrons une annonce de la Rédemption qui sera opérée par Jésus.
En prélude à notre méditation, revisitons quelque peu l’histoire biblique.
Jacob est le fils d’Isaac et le petit-fils d’Abraham. Il a hérité du droit d’aînesse en supplantant son frère jumeau mais sorti avant lui du sein maternel, Esaü (cf. Gn 27, 1-47). Ensuite, Jacob connut quelques tribulations, notamment 2 mariages, dont le premier imposé par son oncle Laban. Au chemin du retour, avant de rencontrer son frère Esaü, Jacob livra un combat mystérieux contre Dieu, au gué du Yabboq (Gn 32, 23-33). C’est la raison pour laquelle Jacob a été appelé par Dieu «Israël» qui signifierait « celui-qui-lutte-avec-Dieu ». Suite à ce combat mystérieux, la rencontre avec Esaü s’est bien passée, alors qu’à juste titre, Jacob la craignait.
Jacob eut 12 enfants, Joseph était l’avant-dernier et Benjamin le dernier.
Dans le passage de ce jour, Benjamin est resté « à la maison », trop jeune pour garder les troupeaux.
Voilà pour situer le cadre.

Intéressons-nous au rapprochement avec Jésus :

Joseph fils préféré de Jacob, nous fait penser à Jésus : Fils bien-aimé du Père, vendu pour un prix dérisoire, par jalousie.
Joseph a des songes qui semblent à première vue assez orgueilleux. (Gn 37, 5-11). En réalité, ces songes étaient prophétiques sur la destinée de Joseph. Lus dans un rapprochement avec Jésus, nous pouvons penser aux prophéties dont Il suggère ou dit qu’elles s’appliquent à lui (cf. par exemple Mt 10, 35 ; Mt 12, 38-42 ; Mt 13, 14-15 ; les renvois de Notre Seigneur au « Fils de l’homme » - cf. prophète Daniel- surtout Jn 6, 62 ; Mt 21,42 de l’évangile de ce jour ; etc.) ou encore l’autorité dont il fait preuve (« on vous a dit que...et bien moi, je vous dis…) ; il invoque l’autorité de l’Écriture en sa faveur (Jn 5, 39 ; Jn 5, 46-47) et plus encore lorsqu’il s’attribue le nom divin (par exemple Jn 8, 28). On pourrait continuer. Prenons le temps de consulter les références précédentes, nous comprendrons mieux de quoi il s’agit, avec le petit bonus qui devrait nous aider à avancer dans la compréhension de la Bible.
Les songes étaient dans un deuxième temps des prophéties de la Rédemption, et nous conclurons notre propos là-dessus.
Ce qui arrive à Joseph était une préparation pour le peuple de Dieu, afin qu’il se souvînt que la Parole de Dieu est en attente d’accomplissement. Cela se vérifie pour Joseph dont l’histoire vérifiera la justesse des songes, cela est davantage une certitude pour le projet de Dieu pris dans son ensemble qui était en attente du Messie promis et de la Rédemption. Joseph deviendra un « petit sauveur », un petit messie pour son peuple en le délivrant de la famine. Jésus est le Sauveur délivrant son peuple et l’humanité entière de ses péchés.
Plus frappant encore, est la similitude entre Joseph vendu pour un sort incertain et une somme dérisoire (un peu plus de 400 euros!) et Notre Seigneur. De vils procédés, conséquences de vils sentiments (la jalousie, l’envie), président au sort peu enviable de Joseph, comme au sort encore moins enviable, de Jésus. Bassesses humaines sur lesquelles nous nous arrêtons un peu pour réfléchir. Nous nous en passerions bien, évidemment. Nous retirerons cependant quelque profit pour nos âmes, au moins en prenant la décision plus affermie de ne pas tomber dans de tels travers.
Par souci de concision, la 1ère lecture ne rapporte pas la totalité de l’histoire. A la base du problème, nous trouvons les mauvaises dispositions des frères de Joseph : Joseph, âgé de dix-sept ans, faisait paître le petit bétail avec ses frères. Le jeune homme accompagnait les fils de Bilha et les fils de Zilpa, femmes de son père. Il fit part à leur père de la mauvaise réputation de ses frères.(Gn 37, 2). Les fils de Bilha et les Zilpa sont les frères de Joseph. Il existe donc un problème de départ, et même si nous ignorons de quoi il s’agit exactement, les frères de Joseph ont des défauts – voire pire – et il s’agit de quelque chose de connu. Dès lors, la vie de Joseph, sa droiture, son cœur pur notamment, les agacent. A cela s’ajoute la préférence qu’a pour lui Jacob-Israël, préférence du fait qu’il est le fils de sa femme préférée, et peut-être à cause des vertus de l’avant-dernier. Cependant, le texte nous dit que Jacob aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu’il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique de grand prix.(Gn 37, 3). Bien que Benjamin soit le dernier, les 2 derniers enfants de Jacob bénéficient tous les deux de l’affection privilégiée de leur père. De là débute la jalousie des autres frères. Ceux-ci vont s’entendre entre eux contre Joseph, unis par leur jalousie commune contre leur frère. Les songes de Joseph ne sont donc pas les déclencheurs de la jalousie, mais la porte à son comble. Ces songes, puis le fait de vendre Joseph, font finalement mettre au jour ce qui était caché auparavant dans leurs cœurs.
En ce qui concerne Jésus, il est instructif d’ajouter que ses ennemis plutôt divisés entre eux, finissent par s’entendre contre lui (cf. Lc 23, 12).
À ce stade, il n’est guère besoin de s’étendre,  nous ne ferions que patauger dans les bas-fonds des cœurs humains lorsqu’ils ne se tournent pas vers le bien. Combien c’est misérable !
Retenons quelques points concrets :

  • Savons-nous nous interroger, nous remettre en question lorsque nous constatons des mauvaises réactions de notre part, ou que d’autres nous en font la remarque ?
  • Face à la critique, suis-je assez fort et indépendant du groupe pour proclamer la vérité et la charité, à tout le moins ne pas me laisser emporter vers le mal ?
  • Est-ce qu’il ne m’arrive pas de cacher mon envie derrière des prétextes, des faux-motifs, des (fausses) excuses ? Est-ce que je ne me cache pas à moi-même mon envie, mes défauts, mes péchés ?
  • Est-ce que je ne désire pas passer pour quelqu’un de bien uniquement ou principalement aux yeux des autres ?
  • Si je me suis déjà décidé pour le bien, qu’en est-il de la cohérence entre ce que je veux être et ce que je suis et fais en réalité ?
  • Lorsque je suis malheureusement tombé dans le péché, est-ce que je n’ai pas tendance à laisser tomber la voie du bien par découragement ? N’ai-je pas tendance à me replier sur moi ? Est-ce que je ne retarde pas trop ma confession ? Jésus m’attend pour me relever ! Toujours !

Terminons en élargissant notre méditation, qui nous ouvrira à l’espérance. L’histoire de Joseph se poursuit jusqu’à la fin du livre de la Genèse, à savoir le chapitre 50 (moins le chapitre 38).
Joseph va sauver de la famine toute sa famille, qui s’installera en Égypte. Devenu comme le 1er ministre de pharaon, 2ème personnage du royaume après pharaon, ses frères viendront le trouver pour échapper à la famine qui sévit partout. Par là, les songes de Joseph connaissent une première réalisation : les gerbes des frères s’inclinent devant celle de Joseph.
Cependant, tout ne s’est pas déroulé comme sur un nuage. Joseph a connu des tribulations, la prison même. Sa famille restée en sur la terre de ses pères connaît la famine. Enfin, la réconciliation avec ses frères passera par des stades révélant toute une pédagogie divine dont le but est de faire changer le cœur des frères de Joseph.
En effet, Joseph ne se dévoile pas tout de suite à ses frères qui ne le reconnaissent pas. Il les contraindra à revenir avec Benjamin (qui était resté avec Jacob en Canaan), puis se montrera assez dur avec eux. Il leur imposa d’autres épreuves, mais en définitive ses frères vont réfléchir, faire retour sur eux-mêmes et notamment leur attitude vis à vis de Joseph et leur cœur va changer (Gn 42, 20-25 ; Gn 44, 15-34). On peut penser que les frères de Joseph n’atteindront sans doute pas le degré de vertu de Joseph (et de Benjamin), mais ils ont vraiment changé, par rapport au début relaté dans la lecture de ce jour.
Ceci est une leçon d’Espérance pour chacun de nous : ne croyons pas que le cœur des hommes est définitivement hermétique au bien et à l’Amour vrai.
Cependant, s’il est vrai que le cœur peut changer, se retourner, se convertir, la transformation ne s’opérera pas d’elle-même. Dieu a prévenu les évènements par les songes, les a conduits et s’est servi de Joseph pour parvenir à leur réalisation. La finalité certainement poursuivie par Dieu était bien le changement du cœur des frères de Joseph. Au début, ceci était évidemment opaque aux yeux de tous les acteurs de cette histoire, y compris les plus vertueux (Jacob, Joseph).
En soi, il s’agit d’une magnifique annonce et image du mystère de la Rédemption. Les persécuteurs de Jésus pourront changer ; les auteurs de sa mort se convertir. C’est précisément le but de la Rédemption. Concrètement, au pied de la croix nous assistons la conversion du centurion, d’autres assistants de cette scène terribles partiront du Golgotha « remués » (Lc 23, 47-48).
La terrible souffrance de Jésus, son Amour dans la souffrance, portent des fruits de salut.
Le CEC enseigne :  L’Église, dans le Magistère de sa foi et dans le témoignage de ses saints, n’a jamais oublié que " les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’endura le divin Rédempteur " (Catech. R. 1, 5, 11 ; cf. He 12, 3). Tenant compte du fait que nos péchés atteignent le Christ Lui-même (cf. Mt 25, 45 ; Ac 9, 4-5), l’Église n’hésite pas à imputer aux chrétiens la responsabilité la plus grave dans le supplice de Jésus. (CEC 598)
Élargissons notre esprit au mystère du peuple d’Israël. L’Évangile de ce jour peut paraître sévère à l’égard des Hébreux (et l’est bien) mais dévoile une perspective mystérieuse que st Paul explicitera plus tard (Rm 11, 25-36) : par l’endurcissement d’une partie d’Israël, les païens pourront être admis au salut. Plus tard, Israël rentrera dans le plan du Salut. Tous ? Dieu veuille, car la liberté de chacun reste, que l’on soit juif ou païen.
Ces considérations nous amènent à réfléchir sur nous-mêmes en ce Carême, sur l’Église, sur le Salut. Nous pouvons passer à une deuxième série de questions pour notre examen de conscience :

  • Ai-je compris du fond du cœur que la Rédemption n’est pas un dû, qu’elle est gratuite ?
  •  Suis-je persuadé avoir besoin d’être sauvé ?
  • Suis-je convaincu de ne pas être meilleur que d’autres ? Ou, au contraire, que Jésus peut me sauver, même de mes péchés qui me font souffrir et dont j’éprouve peut-être le plus grand mal à m’en débarrasser ? Ne cède pas trop facilement au découragement, voire au doute ?
  • Est-ce qu’il ne m’arrive pas de douter de l’Amour de Dieu pour moi, ...ou pour d’autres ?
  • Dans l’esprit du père Sevin, il nous faut franchir un cap de plus. « Le scout est fait pour sauver son prochain »... Si je suis chef d’unité, commissaire à n’importe quel niveau (district, province, national), comment est-ce que j’essaye de vivre cet article de la loi ? Le grand but de l’éducation consiste en ceci : travailler pour sauver et même sanctifier ceux dont je suis chargé, directement (chef d’unité) ou indirectement (commissaire).

Voilà le service au sens le plus noble.
 Cela n’est pas facile, tentons tout de même de poser quelques jalons :

  • Tout d’abord, l’exemple compte plus que tout. Quel exemple est-ce que je donne ? Comment les autres le perçoivent-ils ?
  • Est-ce que chaque décision, petite ou grande, est prise à l’aune de l’article 3 de la loi ?
  • Est-ce que je sais agir dans ce but ? Le meilleur pour mon prochain, n’est pas d’abord un bienfait matériel, mais son salut.
  • Éduquer peut parfois demander d’avertir, de reprendre, voire corriger. Personne n’aime faire cela...Mais sinon, le laisser-aller, voire le mal, risquent de s’installer, quand bien même il y a présence du CR, pratique des sacrements et de la prière, petits mots donnant la bonne direction, etc. Le plus sombre est que ce sont les plus vulnérables (psychologiquement, physiquement, spirituellement) qui en pâtiront davantage.
  • Est-ce que je sais accepter les remarques, reproches (petits ou grands) que l’on me fait ? Même s’ils viennent de « plus petits » que moi ?  Est-ce que je ne me justifie pas ? Naturellement, cela ne signifie pas que toutes les remarques soient de même importance, ni qu’elles soient justes. Mais cela signifie que je me dois d’examiner avec loyauté la pertinence de chaque remarque, en corrigeant au moins l’apparence donnée. Sinon, je risque de devenir terriblement orgueilleux, suffisant, ... surtout pas cela ! Donc aussi jaloux facilement ... Surtout pas cela !
  • Si je dois avertir, dans quel esprit et avec quels termes je m’y emploie ? Nous pouvons rappeler l’exemple de sainte Anne à ce sujet : elle a repris son « bon Nicolazic », mais très maternellement, tellement gentiment qu’elle donne envie de lui obéir, et de lui obéir avec amour. Quelle éducatrice ! Elle est conquérante dans ses reproches !
  • Du coup, quel est le but que je poursuis lorsque je dois faire des reproches, une remarque, etc. ? Passer mes nerfs, redresser (nettement supérieur !), et même conquérir au Bien, par amour ?
  • Devant mes échecs personnels, ou mes manques de réussite, devant des cœurs qui éprouvent des difficultés à changer, ne suis-je pas porté trop facilement au découragement ? L’amour croit tout, il espère tout, dit saint (uniformiser) Paul. Est-ce que je m’en persuade ? Éduquons nos propres cœurs à l’Amour qui remporte toutes les victoires !

Dans ce cadre, éduquer demande de la patience, car il se peut que le redressement demande du temps, et que l’on y revienne plusieurs fois.
Cela demande aussi de la force. Est-ce que je sais prendre conseil et prier à cet effet ?
Il y aurait beaucoup d’autres choses à développer, chacun pourra demander les lumières au Seigneur.
Mais au fond, tout cela procède et ramène à une seule chose : aimer. Aimer vraiment, comme Jésus notre si bon maître, le seul vrai chef éducateur. Alors, où en suis-je du véritable amour ? Ai-je le désir d’aimer vraiment ? Est-ce que cela me motive, me donne du zèle et des ailes ?
Voilà l’Amour. Et c’est ainsi que nous grandirons tous ensemble, en cordée, vers la Béatitude éternelle.

Résolution :
Elles sont toutes présentées dans la Méditation de ce jour et excellentes pour s’y référer.